Elisa Rigoulet
Paris & Brussels based curator and writer
Co-Founder of Exo Exo http://exoexo.xyz


#writing

on Yannick Val Gesto

Attiré par une esthétique « non-conventionnelle », Yannick Val Gesto scrute ce qu’il appelle les déchets d’Internet (fonds d’écrans, réseaux sociaux, forums de discussions, …) à la recherche d’images. Dans une culture populaire qui se développe et change incroyablement vite, l’artiste cherche à documenter dans ses peintures/dessins/collages digitaux, le flux incessant d’informations. La technicité du design graphique mise en œuvre se heurte alors à une certaine forme de naïveté de l’imagerie Internet et de la cyber culture. C’est en effet dans une approche humoristique - voire ironique - que l’artiste étudie la culture visuelle contemporaine et l’esthétique en ligne.

Inspiré par les jeux vidéo et ce qu’il appelle une « esthétique de l’étrange », il nourrit dans son travail une expression brute qui souligne le trait du dessin et entre encore une fois en contradiction avec une utilisation froide du digital. Les images – icônes ? – à partir desquelles il travaille constituent une base de donnée de l’Internet qu’il combine ensuite, comme en peinture, suivant des exigences liées à la composition et aux couleurs.

L’idée pour l’artiste est de jouer avec les mécanismes qui régissent la circulation, le stockage, la compression et le recyclage des informations visuelles. Hanté par la dimension surréelle d’Internet où plus aucune hiérarchie ne s’applique entre le célèbre, l’inconnu, le looser ou l’outsider, l’artiste considère notre obsession des images et des réseaux sociaux comme une des sources premières de la création contemporaine. L’image ou la représentation auraient en quelque sorte surpassé le réel dans son importance. Ce phénomène est au cœur du travail de Yannick Val Gesto qui joue de ce paradoxe en créant à l’aide des outils digitaux des images hyperréalistes. La production mécanique, presque robotique, est pourtant ici le fruit d’une intention humaine et d’un geste. Aussi précise doit-elle, c’est bien l’espace qui se joue entre la technique et l’expression qui intéresse l’artiste.

Mêlant le dessin à la main, le scan, le dessin digital, les images trouvées, les simulations 3D et le montage sur Photoshop, il créé des peintures/collages digitaux à l’apparence extrêmement contrôlée. Anticipées dans leurs moindres détails, les couleurs, les lignes, la composition sont le résultat d’un technicien. L’imagerie contemporaine, drôle, naïve, populaire, esquisse le portrait d’une génération et ajoute à la technicité, classicisme et plasticité.