Elisa Rigoulet
Paris & Brussels based curator and writer
Co-Founder of Exo Exo http://exoexo.xyz


#writing

on Samuel François

« Untitled (Because the Sun is yellow) » is a series of oilskin fishing jackets pulled inside out and stretched on a frame. By confronting himself with the frame and the canvas, Samuel François demonstrates both his fascination for painting, and his lack of interest for the motif that is supposed to go with it. He focuses on the material itself, which he manipulates and puts into perspective so it turns into a shape, and is no longer a mere surface.

The very gesture of the artist becomes minimal, akin to a collection of actions into which he cuts through to single-out a sample. His intervention plays with the limits and steps towards an almost complete disappearance. Paint has vanished from the painting, but has left behind its properties as a medium, and the potential of its texture and substance.

By blending form with motif, Samuel François provides a solution to the issue of the « filling » of the painting. His interest in fabrics and clothes used as canvas emphasizes the importance of dithering as a motif. By allowing the object-painting to become autonomous, and valuing texture without resorting to the actual gestural of painting, the artist surrenders to a greater loss of control, and deserts notions usually associated with painting such as an artist-specific brushstroke or signature. He relies solely on the object’s production process, whether artisanal or industrial, and willingly becomes dependant upon the manufacturing chain, thus allowing the object to be in charge of generating its own material.

Samuel François uses objects that have a story to tell such as denim trousers, survival blankets or oilskin fishing jackets, and delegates the power to transform to them as they get weathered by time or altered by accident, thus becoming their own unique visual and physical reference.

The paintings break free from the confines of strictly being surfaces, and may be turned upside down, or inside out. This subjective shift questions the archaeology of the object itself, its very origins, and investigates the temporal and cultural distortion that alters its functional role to make it strictly decorative.
What would be our perspective on this yellow, rubbery, smooth, waterproof material if we managed to suddenly get rid of any preconceived notion?

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« Sans titre (Because the sun is yellow) » est une série de cirés de pêche retournés et tendus sur chassis. Se confrontant au cadre et à la toile, Samuel François affirme sa fascination pour la peinture autant qu’il assume son désintérêt pour le motif qui l’habille. C’est l’objet qu’il veut manipuler et mettre en perspective, la matière : le tableau comme forme et non plus comme surface.

S’engageant dans une forme d’économie absolue, le geste de l’artiste s’apparente à celui d’une collecte d’actions dont il effectue une coupe afin de déterminer l’échantillon à montrer. Son intervention cherche ainsi au plus près ses limites et tend vers une quasi-disparition. La peinture s’est absentée du tableau tout en y abandonnant ses propriétés, son support, sa texture, sa matière, sa potentialité.

Faisant se confondre le fond et le motif, Samuel François apporte une solution au problème de remplissage de la toile. Son intérêt pour les tissus, les vêtements, comme les toiles, vient de l’importance du tramage comme motif en soi. Autonomisant ainsi l’objet-tableau, valorisant et conservant une texture sans en passer par le geste de peindre, l’artiste s’abandonne à une plus grande perte de contrôle et se désinvestit de l’idée de touches, mais aussi de signature, communément associées à la peinture. Il s’en remet à un autre mode de production de l’objet, qu’il soit artisanal ou industriel et se rend dépendant d’une chaîne de fabrication, offrant à l’objet la responsabilité de fabriquer sa propre matière.

Samuel François s’attache à des objets « fabricateurs d’histoire », jeans, couvertures de survie, cirés de pêche, il leur délègue leur propre transformation, usés pas le temps, marqués par le hasard. Comme la peinture, ce sont eux, dans leurs empreintes, qui procèdent par touches, devenant presque leur unique référent visuel, physique.

Ces tableaux qui s’affranchissent de leur rôle de surface peuvent finalement se tourner dans tous les sens et faire valoir leur envers. Ce déplacement subjectif et la charge historique contenue dans chacun d’eux pose la question de l’archéologie de l’objet, de son origine, et de la distorsion temporelle et culturelle qui tend à faire glisser le sens de l’objet de la fonctionnalité à la décoration. Quel rôle au fond attribuerait-t-on à cette matière jaune, plastique, lisse et imperméable si nous étions tout d’un coup délivrés de ce que l’on sait ?